Un Noël pas comme les autres ?

Nous sommes nombreux à être fatigués d’entendre parler de ce fameux Covid –de cette fameuse Covid devrions-nous dire –mais nous ne pouvons faire abstraction de sa présence dans notre quotidien, et nous le retrouverons certainement bien placé au menu du repas de Noël, entre la dinde et les marrons, entre les huitres et la bûche… Cependant, que la souffrance de cette épidémie et ses conséquences ne nous enlèvent pas la joie de Noël. Tout chrétien est uni au Christ depuis son baptême, en particulier à son mystère Pascal: il en va de même pendant ce temps de pandémie. Fêter la nativité de notre Seigneur ne se fera pas sans lien avec ce mystère Pascal de mort et de Résurrection –de la crèche au crucifiement chanterons-nous dans le cantique «il est né le divin enfant». Alors que plus d’une personne parmi nous vit dans l’obscurité d’un Vendredi Saint, quelles seront les lumières de la Résurrection lors de nos célébrations de Noël?

Première lumière: savons-nous utiliser à notre profit ce temps libre dégagé par la diminution des rencontres et des loisirs? Bien sûr, rien ne remplace la rencontre physique avec une autre personne mais les téléphones et Internet nous aident à prendre soin les uns des autres. Savons-nous utiliser le temps dégagé pour contempler notre planète, nos paysages, nos jardins? Nous émerveiller de petites choses pour faire grandir en nous l’action de grâce et la louange? Ce temps de l’Avent nous invitera aussi à nous poser devant les crèches de nos salons et de nos églises. Saurons-nous laisser la lumière du Dieu Sauveur fait homme illuminer nos ténèbres?

Deuxième lumière: Nous constatons que ce confinement bis casse un certain nombre de nos désirs:beaucoup de rencontres et d’activités seront repoussées à plus tard, créant des frustrations légitimes. Le temps de l’Avent est le temps du désir; il nous est donné pour comprendre que nous avons besoin de cette intervention divine qu’est la naissance du Sauveur, et que nous devons désirer que Dieu intervienne sans cesse dans nos vies pour nous sauver. Laisserons-nous Dieu transformer nos frustrations en saints désirs?

Troisième lumière: se recentrer sur l’Essentiel. Cette épidémie nous manifeste combien notre vie mondialisée peut être dévastatrice pour notre planète, nos santés… Profiterons-nous de ce constat pour nous recentrer sur l’essentiel? Prendre soin de nos artisans, de nos commerçants, de nos agriculteurs locaux. Privilégier les relations proches, la famille, les voisins, plutôt que de rechercher toujours plus d’exotisme? Saurons-nous mettre Dieu à la première place notamment par rapport à nos mille et une activités?

Beaucoup de questions, me direz-vous. L’essentiel sera de se laisser gagner au plus profond de nos âmes par ce magnifique mystère de l’Incarnation, du Dieu fait Homme, et par la lumière de sa Résurrection. Alors, les peurs et les tristesses s’évanouiront un peu le temps de la joie de Noël: une joie qui ne sera pas celle des cadeaux que nous échangeons mais la joie d’un nouveau-né qui nous rassemble pour chanter avec les anges «Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre pour les hommes, ses bien-aimés».

Très beau et saint Noël à tous.

Père Alexandre