« Gaudate et Exsultate »

« La Sainteté, c’est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce »

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Le pape François vient de publier une exhortation apostolique « Gaudate et exsultate » que l’on peut résumer en un appel à la sainteté pour tous. « Le Seigneur demande tout ; et ce qu’il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance (GE1 »). Je me permets simplement de souligner les axes majeurs de ce texte que chacun est invité à recevoir à partir de sa situation la plus concrète. Personne n’est exclue de la sainteté qui touche à l’identité divine et qui est un don de Dieu à recevoir et à mettre en œuvre.  A chacun sa route sous l’influence de l’Esprit Saint et des frères et sœurs qui lui sont donnés !

J’aime bien cette citation : « N’aie pas peur de viser plus haut, de te laisser aimer et libérer par Dieu. N’aie pas peur de te laisser guider par l’Esprit Saint. La sainteté ne te rend pas moins humain, car c’est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce (GE 34) Ces paroles nous rejoignent fortement, quand vient l’épreuve, la maladie ou tout simplement le grand âge !

 

L’appel à la sainteté

Pour François, la sainteté n’est pas réservée qu’à quelques-uns car à côté des saints reconnus, se trouvent tous ceux de la porte d’à côté. « J’aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu : chez ces parents qui éduquent avec tant d’amour leurs enfants… de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu » (GE7). François utilise une autre expression pour bien montrer que c’est à notre portée :  nous sommes « la classe moyenne de la sainteté » (GE7). Elle se manifeste même en dehors de l’Eglise et dans des milieux différents car « l’Esprit suscite des signes de sa présence, qui aident les disciples mêmes du Christ » (GE 9)

Il nous est arrivé de confondre sainteté et perfection et le pape de nous rassurer « Tout ce que dit un saint n’est pas forcément fidèle à l’Évangile, tout ce qu’il fait n’est pas nécessairement authentique et parfait. Ce qu’il faut considérer, c’est l’ensemble de sa vie… (GE22) » La sainteté  se réalise « même au milieu de tes erreurs et de tes mauvaises passes » (GE 24).  Pour François, la sainteté, c’est mettre Dieu au centre dans toute sa vie : «  Toi aussi, tu as besoin de percevoir la totalité de ta vie comme une mission. Essaie de le faire en écoutant Dieu dans la prière et en reconnaissant les signes qu’il te donne. Demande toujours à l’Esprit ce que Jésus attend de toi … (GE23) ».

 

Deux risques

François nous met en garde contre deux faux chemins de sainteté.   Le premier c’est de croire uniquement avec sa tête, en voulant tout maîtriser de la connaissance sur Dieu : « seuls ceux qui sont capables de comprendre la profondeur d’une doctrine seraient considérés comme de vrais croyants. (GE37) ». Or pour François, « Dieu nous dépasse infiniment, il est toujours une surprise (GE41).

  Le second c’est de croire à la force des poignées comme si la sainteté était le fruit exclusif de la volonté sans la grâce. « en définitive  Ils font confiance uniquement à leurs propres forces (GE49) » François dénonce un air de supériorité de ces adeptes et surtout qu’ils mettent en péril les plus fragiles. Le saint n’est pas un « surhomme ». Et il fait ce constat : « Au fond, l’absence de la reconnaissance sincère, douloureuse et priante de nos limites est ce qui empêche la grâce de mieux agir en nous, puisqu’on ne lui laisse pas de place pour réaliser ce bien possible qui s’insère dans un cheminement sincère et réel de croissance. (GE50) »

 Nous devons donc prendre en compte les limites humaines, le péché, le chemin progressif de chacun, mais aussi le grand mystère de la grâce qui agit dans la vie des gens. François décrit ensuite  les dérives dont « l’obsession pour la loi, la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques, l’ostentation dans le soin de la liturgie, de la doctrine et du prestige de l’Église… (GE57) »

 

A la lumière du maitre : Les béatitudes

Pour devenir saint, François nous indique un moyen simple, enseigné par Jésus : « il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare dans le sermon des béatitudes.( GE 63)    C’est la partie de l’encyclique qui m’a le plus touché. Que chacun prenne le temps de méditer tranquillement chacune des béatitudes en voyant comment le Christ l’a vécue et comment il est lui-même invité à la vivre !

François détaille les béatitudes et à chaque fois, il en formule la profondeur pour nous amener à des implications très concrètes. Par exemple, « Heureux les doux car ils posséderont la terre ». La douceur, c’est suivre Jésus : « « Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes » (Mt11, 29) … Si nous regardons les autres avec leurs limites et leurs défauts avec tendresse et douceur, sans nous sentir meilleurs qu’eux, nous pouvons les aider et nous évitons d’user nos énergies en lamentations inutiles. GE 72 ».

A la fin de ce chapitre, François revient particulièrement sur l’une des dimensions, celle de la miséricorde en faisant référence à Mat 25 qu’il désigne comme le grand critère de la sainteté : « « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli…Mt 25, 35-36 

Le pape François nous met alors en garde contre diverses  tentations : celle des chrétiens qui séparent les exigences de l’Evangile d’une vie personnelle et intérieure avec Dieu.  Celle des chrétiens qui considèrent l’engagement social des autres comme du superficiel.  « On entend fréquemment que, face au relativisme et aux défaillances du monde actuel, la situation des migrants, par exemple, serait un problème mineur. Certains catholiques affirment que c’est un sujet secondaire à côté des questions “sérieuses” de la bioéthique. GE 102 » . Le pape refuse avec fermeté que l’on choisisse entre ces deux attitudes : d’un côté : « La défense de l’innocent qui n’est pas encore né, par exemple, doit être sans équivoque, ferme et passionnée, parce que là est en jeu la dignité de la vie humaine… » et d’un autre : « Mais est également sacrée la vie des pauvres qui sont déjà nés, de ceux qui se débattent dans la misère, l’abandon, le mépris … Nous ne pouvons pas envisager un idéal de sainteté qui ignore l’injustice de ce monde (G E 101) »

La Sainteté au cœur du monde : Cinq conditions 

Pour le pape François, la culture d’aujourd’hui n’est pas sans ambiguïté et elle peut conduire à la tristesse, à l’individualisme, à une fausse spiritualité sans rencontre de Dieu…Face à ces dangers, le pape François propose cinq dispositions pour vivre la sainteté dans le monde contemporain.

La première est celle de l’endurance, de la patience et de la douceur. Autrement dit, c’est « d’être centré, solidement axé sur Dieu qui aime et qui soutient. GE112 ».  « C’est la fidélité de l’amour, car celui qui s’appuie sur Dieu peut également être fidèle aux frères ; il ne les abandonne pas dans les moments difficiles, il ne se laisse pas mener par l’anxiété et reste aux côté des autres même lorsque cela ne donne pas de satisfactions immédiates    (CG 112)

La seconde est celle de la joie et du sens de l’humour.  Ne pas être trop compliqué ! « Le saint est capable de vivre joyeux et avec le sens de l’humour. Sans perdre le réalisme, il éclaire les autres avec un esprit positif et rempli d’espérance. GE 122 »

La troisième est l’audace et la ferveur. Et le pape de nous inviter à cette prière : « Demandons au Seigneur la grâce de ne pas vaciller quand l’Esprit nous demande de faire un pas en avant … GE 139 ».

La quatrième est celle de la communauté et le pape nous fait cette judicieuse remarque : « La communauté qui préserve les petits détails de l’amour, où les membres se protègent les uns les autres et créent un lieu ouvert et d’évangélisation, est le lieu de la présence du Ressuscité qui la sanctifie selon le projet du Père.GE145 »

La cinquième est d’être en prière constante : « Le saint est une personne dotée d’un esprit de prière, qui a besoin de communiquer avec Dieu. GE 147 » J’ajouterais personnellement combien cela rejoint les prêtres, associés qu’ils sont à la sanctification du monde, notamment lors de la célébration de l’Eucharistie (cf le début de la prière eucharistique N°3) J’aime bien  aussi le témoignage de la prière apostolique d’un ancien : Epaphras dans la lettre de Paul au Colossiens (Col. 4, 12-13)

 

En conclusion, une grâce et un combat spirituel

Dans le chemin vers la sainteté, apparait parfois le temps de l’épreuve, le combat spirituel. Nous ne pouvons l’ignorer et il n’est pas dû qu’à nos propres conflits, c’est une lutte des esprits : « La vie chrétienne est un combat permanent. Il faut de la force et du courage pour résister aux tentations du diable et annoncer l’Evangile.  GE 158 ».  Pour nous aider à cheminer, le pape François s’en réfère à la dernière formulation du Notre Père : « délivre-nous du mal »

Pour suivre ce chemin de sainteté qui peut paraitre difficile, il nous est donné un don de l’Esprit, celui du discernement : « C’est un instrument de lutte pour mieux suivre le Seigneur… Nous en avons toujours besoin pour être disposés à reconnaître les temps de Dieu et de sa grâce. ». Et François de nous en révéler le lieu de sa beauté et de sa force : « Souvent cela se joue dans les petites choses, dans ce qui paraît négligeable, parce que la grandeur se montre dans ce qui est simple et quotidien. GE 169 »

Prenons le temps de lire et de faire lire ce texte. Il est d’accès facile et peut nous rejoindre à toutes les étapes de notre vie.

                                                                                              Robert Daviaud, Juin 2018